D E U X I È M E    P A R T I E

 

 

M  0  R  A  L  E

 

LES  DEVOIRS  À  PRATIQUER

 

L E Ç O N    P R E M I È R E

 

Des commandements de Dieu

 

27.  Suffit-il, pour être sauvé, d’être baptisé et de croire les vérités de la religion ?  

Non, pour être sauvé, il ne suffit pas d’être baptisé et de croire les vérités de la religion; il faut de plus observer les commandements de Dieu et de l’Église.

 

+  Combien gagnes-tu, mon enfant ?  dit un jour un roi à un pauvre berger. --- Ah! sire, autant que vous-même. --- Comment cela ?  --- En gardant mon troupeau, je gagnerai le ciel ou l’enfer ; et Votre majesté n’en gagnera pas davantage. »  

28.  Combien y a-t-il de commandements de Dieu ?

Il y a dix commandements de Dieu ; ces dix commandements s’appellent le décalogue.

 

+  Collet disait : «  Je ne peux souffrir ces hypocrites qui ne demandent pas mieux que de rallonger le symbole pourvu qu’on leur raccourcisse le Décalogue. 

 

+  L’empereur Constance Chlore, réunit un jour tous les chrétiens qui étaient dans son palais et leur commanda, sous les plus terribles menaces, de renoncer à leur foi.  Plusieurs se laissèrent intimider et apostasièrent.  Mais l’empereur, indigné de leur lâcheté, les renvoya, et ne garda que ceux qui étaient restés fidèles à leur Dieu.  Observons les commandements et Dieu nous gardera dans son paradis.

 

29.  Récitez les dix commandements de Dieu ?

 

1.      Un seul Dieu tu adoreras

et aimeras parfaitement.

 

2.      Dieu en vain tu ne jureras,

ni autre chose pareillement.

 

3.      Les dimanches tu garderas,

en servant Dieu dévotement.

 

4.      Tes père et mère honoreras,

afin de vivre longuement.

 

5.      Homicide point ne seras,

de fait ni volontairement.

 

6.      Luxurieux point ne seras,

de corps ni de consentement.

 

7.      Le bien d’autrui tu ne prendras,

ni retiendras à ton escient.   

 

8.      Faux témoignage ne diras,

ni mentiras aucunement.

 

9.      L’œuvre de chair ne désireras

qu’en mariage seulement. 

 

10.  Biens d’autrui ne convoiteras,

pour les avoir injustement.

 

PENSÉE. --- «  Seigneur, remplissez-moi d’intelligence, afin que j’étudie votre loi, et que je l’accomplisse de tout mon cœur. »  ( Ps., CXVIII, 34. )

 

+  Un vénérable vieillard, se voyant environné d’enfants qui se pressaient autour de lui, leur dit ces mémorables paroles, qu’ils n’oublièrent jamais :  «  Mes petits enfants, en voyant avec quelle exactitude les souverains font observer leurs ordonnances, nous devons penser que Dieu ne permettra pas qu’on viole impunément ses commandements ; aussi j’ai toujours remarqué :

  1e  Que ceux qui ne craignent pas Dieu sont presque toujours malheureux.

  2e  Que le travail du dimanche n’a jamais enrichi.

  3e  Que le bien mal acquis n’a jamais profité. 

  4e  Que l’aumône n’a jamais appauvri.

  5e  Que la prière du matin et du soir n’a jamais retardé les travaux.

  6e  Qu’un enfant rebelle et libertin n’a jamais été heureux. » (Devoirs du chrét.,   par F.P.B.)

 

+  À méditer. ---  1e  Ce qui mène en prison, ce sont : Les meurtres, coups, blessures, etc.  --- Les injustices, vols, fraudes, etc. --- Ivresse, tapage nocturne, etc. --- Viols, attentats à la pudeur, etc.

2e  Ce qu’on dit à l’église, c’est ceci :  Respecte la vie et le corps du prochain. --- Respecte les biens et droits du prochain. --- Sois sobre, etc. --- Sois chaste, etc. --- Dieu te voit !  Dieu te jugera ! 

 

+  Il est une règle que j’ai constamment vérifiée et qui ne souffre pas d’exceptions.  Partout ou le Christianisme est vivace, les mœurs se relèvent, partout ou il languit, elles s’abaissent.  On démoralise la France en lui arrachant la foi en la déchristianisant, on l’assassine.  Il n’y a point de sauvegarde sociale hors des vérités du Décalogue.  Ce fut la conviction de le Play ; ce fut celle de Taine.  Je m’y rallie ! »  (Paul Bourget.)

     

30.  Que renferment ces dix commandements ?

Les trois premiers commandements renferment nos devoirs envers Dieu, et les sept  autres nos devoirs envers le prochain et envers nous-mêmes.

 

   Jésus-Christ lui-même a réduit ces commandements à deux.  Il a dit en effet : «  Quiconque aime Dieu et le prochain remplit toute la loi. » --- «  Alors s’approcha un des scribes qui demanda à Jésus quel était le premier de tous les commandements.  Et Jésus lui répondit : Le premier de tous les commandements est : «  Tu aimeras le Seigneur ton  «  Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de toutes tes forces et de tout ton esprit. »   Voilà le premier commandement.  Le second est semblable à celui-là : «  Tu aimeras ton  «  prochain comme toi-même. »  Aucun autre commandement n’est plus grand que ceux-là. » 

 

31.  A qui Dieu a-t-il donné ces commandements ?

Dieu a donné ces commandements à Moïse sur le Mont Sinaïs ; et Jésus-Christ les a renouvelés dans son évangile.

 

 

L E Ç O N   II

 

Du premier commandement de Dieu

 

 

32.  Récitez le premier commandement de Dieu.

Un seul Dieu tu adoreras,

Et aimeras parfaitement.

 

   Récit évangélique. --- Un jour, un pharisien, docteur de la loi, vint demander à Notre-Seigneur : «  Maître, quel est le plus grand commandement de la loi ? »  Jésus lui répondit : «  Vous aimerez le Seigneur votre Dieu de tout votre cœur, de toute votre âme et de tout votre esprit.  C’est là le plus grand et le premier des commandements.  Et voici le second qui est semblable à celui-là : Vous aimerez votre prochain comme vous-même.  Toute la loi et les prophètes sont renfermés dans ces deux commandements. »  ( S. Matth., XXII, 35-40. )

 

33.  Qu’est-ce que Dieu nous ordonne par le premier commandement ?

Par le premier commandement, Dieu nous ordonne :  1e de croire en lui;  2e d’espérer en lui;  3e de l’aimer de tout notre cœur; de n’adorer que lui seul.

 

34.  Comment remplissons-nous ces quatre obligations ?

Nous remplissons ces quatre obligations en pratiquant les vertus théologales et la vertu de religion.

 

+  Saint François nous montre ce qu’on entend par adorer Dieu.  Bien souvent, il s’écriait dans la ferveur de sa méditation :  «  Qu’êtes-vous, ô mon Dieu !  et qui suis-je ?  Vous êtes si grand et je suis si petit !  Vous êtes le créateur de l’univers et je suis une misérable et chétive créature !  Vous êtes tout, et je ne suis rien !  En un mot, vous êtes ce qui est, et je suis ce qui n’est pas du tout.  Puisque vous êtes tel que vous êtes et que je suis un rien, je brûle du désir de me trouver en votre présence ! »  ( Melher. )

 

+  Deux moines récitaient les matines, se tenant assis et comme accroupis d’une manière inconvenante et peu dévote sur leur lit, lorsque tout à coup le diable apparut dans leur cellule, portant avec lui une odeur infecte et insupportable; il leur dit en même temps, pour se moquer de leur prière :  «  A une telle prière, il faut un tel encens. »  ( Scaramelli. )

 

35.  Qu’est-ce qu’une vertu ?

Une vertu est une disposition habituelle à faire le bien et à éviter le mal.

 

36.  Qu’est-ce qu’une vertu surnaturelle ?

Une vertu surnaturelle est une vertu produite en nous par la grâce de Dieu.

 

37.  Qu’est-ce qu’une vertu théologale ?

Une vertu théologale est une vertu qui se rapporte directement à Dieu.

 

38.  Quelles sont les vertus théologales ?

Les vertus théologales sont :  La foi, l’espérance et la charité.

 

 

L E Ç O N    III

 

De  la  Foi

 

39.  Qu’est-ce que la foi ?

La foi est une vertu surnaturelle par la quelle nous croyons fermement toutes les vérités que Dieu a révélées, et qu’il nous enseigne par son Église.

 

+  Personnages de l’Écriture remarquables par leur foi :  Noé qui, sur la révélation qui lui en fut faite, croit pendant cent ans à l’arrivée du déluge (Gen., VII, II ). --- Abraham, qui ne doute pas que sa femme conçoive malgré son âge ( Gen., XV, 6 ).  --- Glorieuse épreuve dont il sort au moment de frapper son fils ( Gen., XXII, 5 ).  --- Les Mages  ( Mat., II, 2 ). --- La femme atteinte d’une hémorragie ( Mat., IX, 21 ).  --- Les deux aveugles ( Mat., XXIX, 30 ). --- Le centurion ( Mat., VIII, 10 ). --- Le paralytique ( Mat., IX, 2 ), etc.  ( James. )

 

+  J’ai étudié un peu ma religion, avouait l’homme qu’on a surnommé le dompteur de microbe, l’illustre Pasteur, aussi j’ai la foi du Breton; si je l’avais approfondie davantage, j’aurais la pitié de la Bretonne.

 

+  Plusieurs jeunes gens faisaient étalage d’impiété et d’incrédulité.  «  Vous ne voulez pas croire aujourd’hui, leur dit un ecclésiastique présent.  Mais viendra un jour, je vous l’assure, ou vous croirez.  Tout le monde a la foi en enfer.  Les démons croient… et frémissent. »

 

40.  Pourquoi croyons-nous toutes les vérités que Dieu a révélées ?

Nous croyons toutes les vérités que Dieu a révélées, parce qu’il ne peut ni se tromper ni nous tromper.

 

   Pensée. --- La vie humaine est une navigation sans boussole.  Le meilleur navire conduit par le capitaine le plus inexpérimenté n’arriverait pas au but de son voyage s’il n’avait au ciel une étoile pour se retrouver sur l’immensité de la mer, et cette étoile est la révélation divine.  ( Munch. )

 

41.  Comment pèche-t-on contre la foi ?

On pêche contre la foi :  1e quand on doute volontairement de quelque vérité révélée ou qu’on refuse de la croire :  2e quand par respect humain on rougit de paraître chrétien :  3e quand on renonce à la foi catholique par apostasie.

 

+  Moïse douta de la parole de Dieu qui lui promettait de donner de l’eau à son peuple.  Et en punition de cette faute, il ne fut pas admis à voir la terre promise. (Nombres, XX. )

     Zacharie douta aussi de la promesse de l’ange.  Et en punition de sa faute, il devint muet.  ( Luc, I. )

 

+  Une personne avait rougi de faire le signe de la croix en présence d’un étranger.  Quelqu’un qui était plein de zèle s’en aperçut ; il la fit rougir de sa lâcheté et de son peu d’amour pour Jésus-Christ : «  Quoi ! lui dit-il, Jésus-Christ n’a pas rougi de mourir sur la croix pour vous racheter et vous rougissez de former sur vous l’auguste signe de votre rédemption ! »  ( Lasausse. )

 

+  Qui ne connaît ce trait du jeune de Quatrebarbes, élève de Saint-Cyr, au temps ou cette école comptait peu de chrétiens.  Un jour que la division était rangée dans la cour un mauvais plaisant s’avisa de sortir des rangs et de s’écrier : «  A qui ce chapelet que j’ai trouvé ce matin ? »  On s’attendait, d’une part, à une fusée de rires, et, de l’autre, à un lâche silence.  De Quatrebarbes, digne et simple, tend joyeusement la main : «  A moi !  dit-il.  C’est le chapelet de ma Première Communion, et je vous remercie de l’avoir retrouvé ! »  Il n’y eut ni rires, ni sarcasmes.  Il n’y eut que l’expression plus ou moins avouée de l’admiration pour un si rare courage.

 

+  Bouguer, de l’Académie des sciences, qui fut chargé, en 1736, d’aller déterminer la figure de la terre à l’équateur, fit cet aveu remarquable à son confesseur au moment de sa mort : «  Je n’ai été incrédule que parce que j’ai été corrompu » , et il ajouta aussitôt après : «  Allons au plus pressé, mon Père; c’est mon cœur plus que mon esprit qui a besoin d’être guéri. »

 

42.  Quels sont les principaux moyens de conserver et d’augmenter la foi dans notre cœur ?

Les principaux moyens de conserver et d’augmenter la foi dans notre cœur sont :  1e d’assister aux instructions de sa paroisse;  2e d’éviter la fréquentation des incrédules et des impies;  3e de ne pas lire de mauvais livres et de mauvais journaux.

 

43.  Est-ce donc un péché de lire un mauvais journal ?

Oui c’est un péché de lire un mauvais journal, surtout si on le lit habituellement et sans raison grave. 

 

+  Le gouverneur du Caucase, le général de Nicolaï, demanda un jour à un de ses amis de Paris une caisse de livres.  On y glissa un livre que Mgr Dupanloup venait de publier sur la vraie et solide pitié.  Quelques mois après, le général venait en France, faisait une retraite sous la direction de l’évêque, et s’enfermait dans une cellule de la Grande-Chartreuse.  Une bonne lecture prépare le salut.

 

+  Une marchande de livres de Paris, ayant entendu le Père Beauregard, jésuite, prêcher sur les suites funestes des mauvais livres, alla le prier de venir dans sa librairie et de lui indiquer les ouvrages dangereux.  Le Père se rendit chez elle et fit ce qu’elle lui demandait.  Cette femme eut le courage de brûler pour 600 francs de livres.  Que n’a-t-on aujourd’hui le même zèle pour détruire les mauvais romans et les mauvais journaux ! 

 

+  Une dame disait un jour à M. de Montesquieu en lui parlant de l’auteur d’un ouvrage impie : «  Dieu a là un bien sot ennemi. --- Madame, répondit Montesquieu, Dieu ne peut en avoir que de sots ! »

 

+  «  La littérature tend à devenir une sorte de cour de miracles, une étrange exhibition d’infirmités et de plaies d’autant plus goûtées qu’elles sont plus dégoûtantes. »   ( Gustave Droz. )

 

+  Je n’ai été incrédule que parce que j’ai été corrompu, disait Bouguer.

 

44.  Faites un acte de foi.

Mon Dieu, je crois fermement toutes les vérités que croit et enseigne votre sainte église, parce que c’est vous qui les avez révélées et que vous ne pouvez ni vous tromper, ni nous tromper.

 

+  Beaux exemples de profession de foi : Les jeunes gens dans la fournaise qui refusèrent d’adorer la statue de Nabuchodonosor ( Dan., II ). --- S. Maurice et la Légion thébaine qui aimèrent mieux mourir plutôt que de renoncer à leur foi.

 

+  Saint Vincent de Paul, violemment tenté contre la foi, écrivit son acte de foi et le plaça sur son cœur, convenant avec Notre-Seigneur que chaque fois qu’il y porterait la main ce serait un témoignage qu’il désavouait la tentation.

              

 

L E Ç O N   IV

 

De  l’Espérance

 

45.  Qu’est-ce que l’espérance ?

L’espérance est une vertu surnaturelle par laquelle nous attendons de Dieu avec confiance sa grâce en ce monde et le bonheur éternel, en l’autre.

 

+  «  De même qu’au moyen du télescope, nous voyons à nos pieds les objets éloignés, de même par l’espérance nous pouvons voir de cette terre le ciel et nous en réjouir ».    ( J. Rho. )

 

46.  Pourquoi devons-nous attendre avec confiance la grâce de Dieu et le bonheur éternel ?

Nous devons attendre avec confiance la grâce de Dieu et le bonheur éternel, parce que Dieu nous les a promis et que Jésus-Christ nous les a mérités.

 

+  Que de traits dans l’Évangile nous prouvent la bonté de Dieu !  L’histoire de la conversion de Marie-Madeleine, --- celles de la Samaritaine et de la femme adultère, --- le repas chez le publicain, --- les paraboles du Bon Pasteur et de l’Enfant prodigue, etc. 

 

+  «  Seigneur, tenez-moi bien, disait saint Philippe de Néri, je suis un traître; si vous m’abandonnez un seul instant, je suis capable de vous trahir. » --- Lorsqu’il sortait, même pour faire des bonnes œuvres, il disait : «  Je sors chrétien, je reviendrai peut-être juif. » 

 

47.  Comment pèche-t-on contre l’espérance ?

On pèche contre l’espérance par désespoir et par présomption.

 

48.  Commet pèche-t-on par désespoir ?

On pèche par désespoir quand on perd confiance en la bonté de Dieu, et que l’on ne croit plus pouvoir se sauver.

 

+  Exemples de désespoir. --- Caïn ( Gen., IV ).  Jérusalem et Juda ( Jér., XVIII ). --- Les Hébreux au désert ( Exod., XIV ). --- Saül et son écuyer ( I, Par., X ). --- Judas ( Mat., XVII ).

 

+  Étant étudiant à Paris, saint François de Sales fut assailli par une violente tentation de désespoir.  Il lui semblait qu’il était voué à la damnation éternelle.  Dans ses angoisses, entrant dans une église, il se prosterne à genoux et fait cette héroïque prière ; «  Mon Dieu, si, ce que je ne puis croire, je suis dertiné à vous haïr dans l’éternité, faites du moins qu’en cette courte vie je vous aime et vous serve de tout mon cœur ! »  Dieu le récompensa de cet amour en répandant une grande paix dans son cœur.

 

+  Par une belle nuit, Catherine Bore dit à Luther, qui l’avait arrachée à son couvent pour en faire sa femme : «  Voyez comme ces astres sont éclatants. »  Luther regarde le ciel.  «  Oh ! la belle lumière, dit-il, mais elle ne brille pas pour nous. --- Et pourquoi ?  Serions-nous dépossédés du royaume des cieux ? --- Peut-être, répondit Luther, en soupirant pour avoir quitté notre état. --- Il faudrait donc y retourner. --- C’est trop tard, le char est trop embourbé. »  Comme Judas, il désespérait.  Il eût mieux fait de pleurer comme saint Pierre.

 

49.  Comment pèche-t-on par présomption ?

On pèche par présomption :  1e quand on s’autorise de la bonté de Dieu pour pécher davantage ;  2e quand on compte sur ses propres forces pour faire le bien.

 

+  Aux exhortations de Thomas Morus et d’autres chrétiens fervents, qui le pressaient de revenir à Dieu, un pécheur répondait qu’il en avait le temps; qu’à la fin, ces trois mots : Seigneur, pardonnez-moi, suffiraient pour obrenir la grâce.  Hélas !  il se trompait.  Un jour qu’en voiture il traversait un pont, son cheval s’emporta et se précipita dans l’eau avec son maître, qui, en tombant, vomit une imprécation au lieu de dire :  Seigneur, pardonnez-moi.

 

+  Saint Isidore, malgré toutes les grâces qu’il reçut, était toujours en proie à la crainte et à la tristesse; et quand on lui en demandait la raison, il répondait :  « Celui qui attend un magnifique héritage et craint de le perdre ne peut être tranquille; celui qui a un procès d’ou dépend ou sa fortune ou sa ruine complète, ne saurait avoir de repos jusqu’à ce que le jugement soit prononcé. »  ( Melher. )

 

50.  Faites un acte d’espérance.

Mon Dieu, je mets toute ma confiance dans votre bonté infinie, et, j’espère qu’en vue des mérites de Jésus-Christ, vous me donnerez votre grâce en ce monde et la vie éternelle dans l’autre, parce que vous l’avez promis et que vous êtes fidèle dans vos promesses.

 

+  Saint Martin, évêque de Tours, apercevant à sa dernière heure le démon au pied de son lit :  «  Que viens-tu faire ici, vilaine bête ?  lui dit-il.  Tu ne trouveras rien en moi; je vais être reçu dans le sein d’Abraham. »

 

+  Dans l’église de la Louvesc, on voit une statue de saint François Régis (1640) représentant ce saint au moment de sa mort.  «  Oh ! que je suis content !  disait-il à son frère, prêtre, qui était à ses côtés.  Je vois Jésus et Marie qui daignent venir au devant de moi pour me conduire dans le séjour des bienheureux. »  Et il rendit le dernier soupir en prononçant distinctement ces paroles :  «  Seigneur, je remets mon âme entre vos mains. »

 

 

L E Ç O N   V

 

D e    l a    C h a r i t é

 

27.  Qu’est-ce que la charité ?

La charité est une vertu surnaturelle par laquelle nous aimons Dieu pour lui-même et par-dessus toutes choses, et le prochain comme nous-même pour l’amour de Dieu.

 

+  Récit évangélique. --- Alors un docteur de la loi se leva et dit à Jésus pour le tenter :  « Maître, que dois-je faire pour posséder la vie éternelle ? »  Jésus lui répondit :  « Qu’y a-t-il d’écrit dans la Loi ?  qu’y lisez-vous ? »  Celui-ci reprit :  « Vous aimerez le Seigneur votre Dieu de tout votre cœur, de toute votre âme, de toutes vos forces et de tout votre esprit, et votre prochain comme vous-même. »  Jésus lui dit : « Vous avez fort bien répondu :  faites cela et vous vivrez. »  Mais celui-ci, voulant se faire passer pour un homme juste, dit à Jésus : « Et qui est mon prochain ? »  Jésus reprenant la parole, lui dit : « Un homme, allant de Jérusalem à Jéricho, tomba entre les mains des voleurs, qui le dépouillèrent, le couvrirent de plaies et s’en allèrent le laissant à demi-mort.  Il arriva qu’un prêtre allait par le même chemin; il vit cet homme et passa outre.  Un lévite, étant venu près de là, le vit aussi et passa de même.  Mais un Samaritain qui voyageait vint à passer vers cet homme, et l’ayant vu, il fut touché de compassion.  S’étant approché, il versa de l’huile et du vin sur ses plaies et les pansa; il le mit ensuite sur son cheval, et le conduisit dans une hôtellerie, ou il prit soin de lui.  Le lendemain, il tira de sa bourse deux deniers et les donna au maître de l’hôtellerie en lui disant :  « Ayez soin de cet homme, et tout ce que vous dépenserez de plus, je vous le rendrai à mon retour. »  Lequel des trois vous semble avoir été le prochain de celui qui tomba entre les mains des voleurs ? »  Le docteur répondit : « C’est celui qui a exercé la miséricorde envers lui. --- Allez, lui dit Jésus, et faites de même. »  ( S. Luc, X. ) 

 

+  Saint Benoît Labre à une femme qui lui demandait comment il faut aimer Dieu, donna une réponse qui résume tout ce qui constitue la perfection.  Il faudrait, dit-il, avoir trois cœurs en un seul :  le premier de feu pour le bon Dieu, le second de chair pour le prochain, et surtout pour les pécheurs, le troisième de bronze pour nous-mêmes.

 

28.  Qu’est-ce qu’aimer Dieu pour lui-même ?

Aimer Dieu pour lui-même, c’est l’aimer parce qu’il est infiniment bon et souverainement digne d’être aimé à cause de ses perfections infinies.

 

+  Un paysan vendéen allait mourir.  Sa fille l’exhortant à mettre sa confiance en Dieu.  « Sois tranquille, lui dit-il.  Je n’ai pas à redouter le bon Dieu, j’ai toujours été de son parti. »  Voilà la joie calme que procure le véritable amour de Dieu. 

 

+  Sainte Gertrude, dont l’exercise continuel était celui de l’amour de Dieu, consacrait néanmoins un jour de la semaine au divin amour.  Elle appelait ce jour le jour de l’amour.

 

+  Saint François d’Assise savourait sans cesse ces deux mots :  Mon Dieu et mon Tout :  et ses délices étaient de s’enfoncer dans les plaies du Sauveur, ou il se retirait à toutes les heures.

 

+  J’ai vu beaucoup d’hommes dans ma vie, disait le curé d’Ars.  J’en ai trouvé un grand nombre qui se repentaient de n’avoir pas aimé ni servi Dieu; mais jamais je n’ai rencontré personne qui se repentît de l’avoir aimé. 

 

+  Saint Augustin disait : « Vous nous avez faits pour vous, Seigneur, et notre cœur est dans l’inquiétude tant qu’il ne repose pas en vous. »  Et, se souvenant des jours de sa jeunesse ou il avait offensé Dieu, le saint docteur s’écriait :  « O beauté toujours ancienne et toujours nouvelle, pourquoi vous ai-je si tard connue et si tard aimée ? »  Ils se préparent donc des regrets amers, ceux qui ne servent pas Dieu.

                 

29.  Qu’est-ce qu’aimer Dieu par-dessus toutes choses ?

Aimer Dieu par-dessus toutes choses, c’est le préférer à tout et l’aimer plus que nous-mêmes. 

 

+  Que feriez-vous si on vous mettait à mort ? --- C’est ce que les hérétiques demandèrent à saint Dominique, dont ils s’étaient saisis. --- Rien autre, répondit-il, que de vous prier de me faire subir un long martyre, afin de me fournir l’occasion de témoigner par ma patience mon amour à Notre-Seigneur.

 

+   « Combien grand aimer veux-tu ? », réponds-moi.

L’enfant resta confuse, interdite et muette.

Mais relevant sa tête :

« Dieu, dit-elle d’un ton ou son âme parlait,

Dieu, je l’aime grand comme il est. » 

 

30.  Comment pouvons-nous connaître que nous aimons Dieu ?

Nous pouvons connaître que nous aimons Dieu, si nous sommes fidèles à lui obéir et décidés à ne jamais l’offenser mortellement.

 

+  Le divin Sauveur nous montre dans un bel exemple cette vérité : le mérite de nos actions vient de l’intention avec laquelle on les fait.  Un jour qu’il était assis vis-à-vis du trésor du temple, il regardait le peuple jetant de l’argent dans le tronc.  Certains riches en jetaient beaucoup.  Une pauvre veuve étant venue, y jeta deux petites pièces, de la valeur de quelques centimes.  Jésus, appelant à lui ses disciples, leur dit; «  Je vous dis en vérité que cette pauvre veuve a mis plus dans le tronc que tous les autres. » ( S. Marc., XII, 41.)

 

+  Aime Dieu et va ton chemin, telle était la devise que les zouaves canadiens avaient inscrite sur leur drapeau, quand ils étaient accourus à Rome pour défendre la papauté menacée dans son indépendance.

 

31.  Que désigne le nom de prochain ?

Le nom de prochain désigne tous les hommes, et même nos ennemis.

 

+  Sainte Catherine de Sienne servit pendant longtemps, comme si elle eût été sa domestique, une dame malade qui l’avait calomniée.

 

+  Saint Ambroise procura à un malheureux qui avait attenté à sa vie les moyens de vivre dans l’aisance jusqu’à la fin de ses jours.

 

+  L’empereur d’Allemagne Sigismond disait à ceux qui lui reprochaient de combler de grâces ses ennemis : «  Mais au contraire je me venge d’eux cruellement, disait-il.  Je fais mourir mes ennemis en les rendant mes amis. » 

 

32.  Qu’est-ce qu’aimer le prochain comme nous-mêmes ?

Aimer le prochain comme nous-mêmes, c’est lui souhaiter et lui procurer, selon notre pouvoir, tous les biens que nous désirons pour nous.

+  L’apôtre de la charité, saint Jean, parvenu à une estrême vieillesse, ne pouvait plus marcher; il se faisait porter par ses disciples à l’assemblée des fidèles, et là, au lieu de longs discours, il se contentait de répéter : « Mes petits enfants, aimez-vous les uns les autres. »  Ennuyés de l’entendre répéter éternellement cette même sentence, ses disciples lui dirent : « Maître, pourquoi nous dites-vous donc toujours la même chose » « La charité est le précepte du Seigneur,répondit saint Jean; si on l’observe bien, seul il suffit pour le salut. »  Saint Paul a dit aussi : Celui qui aime le prochain accomplit la loi.  (S. Jérôme.)

 

33.  Qu’est-ce qu’aimer le prochain pour l’amour de Dieu ?

Aimer le prochain pour l’amour de Dieu, c’est aimer tous les hommes parce qu’ils sont aimés de Dieu et ont été rachetés comme nous par le Sang de Jésus-Christ.

 

34.  Quelles sont les principales œuvres de charité envers le prochain ?  

Les principales œuvres de charité envers le prochain sont : faire l’aumône aux pauvres, soigner les malades, enseigner les ignorants, consoler les affligés, prier pour les vivants et pour les morts.

 

35.  Est-on obligé de faire l’aumône ?

Oui, chacun est obligé de faire l’aumône selon ses moyens.

 

+  La servante de M. Peyramale, curé de Lourdes, voyant son maître donner à un pauvre un gilet de flanelle qu’elle avait acheté la veille.  « Eh quoi! lui dit-elle, le gilet neuf !  Ne pourriez-vous pas lui donner au moins celui qui est tout usé ? --- Cet homme était assez riche en guenilles, répondit le curé.  Il était inutile de lui en ajoute une de plus. »

 

+  Sainte Madeleine de Pazzi trouvait plus de contentement à assister le prochain dans ses besoins qu’à contempler Dieu et à être ravie en lui.  Elle disait : « Lorsque je suis en contemplation, Dieu m’aide; mais quand j’assiste mon prochain pour Dieu, j’aide Dieu, puisqu’il regarde comme fait à lui-même tout ce qu’on fait pour le prochain. »

 

+  Le curé d’Ars rencontre, un jour, sur son chemin, un pauvre ouvrier sans travail, « Vous êtes bien fatigué, mon ami, lui dit-il; vos souliers sont en mauvais état; tenez prenez les miens, changeons. »  Le malheureux n’ose pas.  « Si, insiste le digne curé; d’ailleurs, je ne les garderai pas longtemps », indiquant par là qu’il les changerait encore contre de plus mauvais.  Ce pauvre homme a gardé précieusement les souliers du saint :  « Je ne les donnerais pas pour 10.000 francs », disait-il.

 

+  Jusqu’ou les saints ne poussent-ils pas la charité envers le prochain ?  Saint Paulin, s’étant dépouillé de tout ce qu’il possédait pour soulager les pauvres, se vendit finalement lui-même pour rendre la liberté au fils d’une pauvre veuve.  Il travailla dans un jardin jusqu’à ce que son maître, touché de ses vertus, se convertit et le renvoya. --- Et saint Vincent de Paul !

 

 

36.  Est-il permis de haïr son prochain et de se venger de ceux qui nous ont offensés ?

Non, il n’est pas permis de haïr son prochain et de se venger de ceux qui nous ont offensés, car Dieu d’éfend la haine et la vengeance, et il veut que nous pardonnions a ceux qui nous ont offensés.

 

+  Un gentilhomme qui avait été à la tête des révoltés de Gand, s’étant caché, un courtisan son ennemi déclara à Charles-Quint le lieu de sa retraire :  « Vous feriez mieux, répondit Charles-Quint à ce lâche délateur, d’aller lui dire ou je suis que de me dire ou il est. »

 

+  Un prince avait fait graver sur ses armoiries une autruche avec cette devise : « Elle digère les choses les plus dures. »  Telle doit être la devise de toute âme chrétienne.  Elle doit tout savoir, tout pardonner, tout supporter. 

 

+  Un malheureux ayant mis le feu à la grange du saint abbé Étienne, on vint lui en donner la nouvelle en disant :  « Hélas ! malheur à vous, tout votre blé est brûlé. »  Le saint sans s’émouvoir répondit :  « Ah !  bien plutôt malheur à celui qui y a mis le feu ! »  Mieux vaut, en effet, subir un dommage soi-même que de nuire aux autres.

 

+  Ayant fait prisonnier l’empereur grec Diogène, Osan lui demanda comment il l’aurait traité s’il avait été vainqueur.  Diogène lui répond qu’il l’aurait fait hacher en morceaux.  Osan ajouta qu’il connaissait le précepte de Jésus-Christ et qu’il voulait l’observer, et embrassant Diogène étonné, il lui rendit la liberté sans exiger de rançon.  Les chrétiens seraient-ils moins généreux à l’égard de leurs ennemis que ce Turc ?

 

37.  Faites un acte de charité.

Mon Dieu, je vous aime de tout mon cœur et par-dessus toutes choses, parce que vous êtes infiniment bon, infiniment aimable, et j’aime mon prochain comme moi-même pour l’amour de vous.

 

38.  Doit-on faire souvent des actes de foi, d’espérance et de charité ?

Oui, on doit faire souvent des actes de foi, d’espérance et de charité, plus spécialement dans les tentations et aux approches de la mort.

 

+  Le marquis de Fénelon n’avait que seize ans quand il alla demander à Louis XIII de servir dans son armée.  « Mais vous êtes trop jeune, lui dit le roi. --- Sire, répondit le jeune homme, je n’aurai que plus de temps pour servir Votre Majesté. »  Jeunes gens, aimez Dieu.  Ce grand Maître ne vous refusera pas à son service.    

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